Amel Bent à La Palestre

Avant de se produire samedi 4 mars, Amel Bent nous a accordé une interview téléphonique, toute en authenticité, sensibilité et générosité. Elle nous parle d’elle, de son écriture, de son rapport avec le public…
Renseignements : www.lapalestre.com
Amel Bent, actuellement en tournée en France, vous vous produisez à La Palestre du Cannet le samedi 4 mars 2023. Vous êtes déjà venue au Cannet, quel souvenir gardez-vous de votre passage dans notre ville ?
J’en garde un très agréable souvenir. Quand on arrive de Paris, on est toujours content d’arriver au Cannet : il y fait bon vivre, toujours très doux… le public est très chaleureux.
« Vivante » est votre 7ème album studio, hissé dès sa sortie au rang des meilleures ventes. Quelle tonalité avez-vous donné à cet album ?
Une tonalité d’authenticité avant tout dans la démarche. Mes influences ont toujours été multiples. Mon éclectisme musical a pu être considéré comme un « défaut », parce que, surtout en France, on a longtemps rangé les artistes dans des cases, les mélanges se font plus volontiers aujourd’hui et ne choquent plus personne. Je suis tellement fan de variétés françaises et à la fois de R&B, plutôt celui des années 1990-2000, de Pop… Ma perception est musicale, un peu comme une vibration, pas comme un effet de style. Ma ligne conductrice est davantage déterminée par les thèmes que j’ai envie d’aborder et le voyage que ma voix est capable de susciter.
Vous parlez souvent de votre double influence de la variété française, avec notamment Charles Aznavour pour lequel vous avez une profonde affection, et de musiques orientales. Etes-vous tentée d’explorer d’autres univers, d’autres rythmes ?
Je ne suis pas si aventurière que ça. Le dernier conseil que Charles Aznavour m’a donné, trois jours avant de partir : « Un artiste, quand il a trouvé sa maison, il faut qu’il reste chez lui ». Imaginez ma position ! Je préfère me sentir dans un environnement familier. Il peut m’arriver, sur une chanson de faire un petit pas de côté, pour le fun… Par exemple dernièrement, mon duo avec Benny Adam Lossa, avec une ambiance très latino… Ça ne me ressemble pas sur le papier, mais je me suis beaucoup amusée à enregistrer et chanter ce titre, pour autant, ce ne sera jamais mon identité. Je pense que j’ai trouvé mes couleurs depuis longtemps et préfère les explorer, les mélanger.
Susciter l’émotion de votre public est essentiel pour vous…
Oh oui ! C’est le moteur absolu : la scène est le rendez-vous ultime. Il n’y a pas meilleur endroit pour un artiste, pas un endroit où je me sens mieux, que face au public, à le regarder, vraiment droit dans les yeux… Comprendre ce qui le touche et sentir que les chansons qui ont été faites à la maison, seule, ou en studio, avec un ou deux copains permettent aujourd’hui la communion de centaines de personnes entre elles. Je trouve ça merveilleux, ça me bouleversera toujours.
Quelle est votre relation à l’écriture ? Quel message voulez-vous transmettre ?
Je ne sais pas si c’est par fainéantise ou par manque de confiance… Il y a des albums que j’écris pratiquement seule comme « A vingt ans », et puis des albums pour lesquels je n’ai pas tracé une ligne. L’écriture pour moi, c’est comme un coup de tonnerre, une fulgurance. J’ai écrit certains textes en quinze minutes, par exemple la chanson pour mes filles, dans mon précédent album « Demain » avec pour dernier titre « A mes filles », en les regardant dormir. La dernière fois que j’ai vécu cela, c’est lorsque Marc Lavoine m’a proposé de participer à un ouvrage collectif à but caritatif pour la scolarisation d’enfants : il faut écrire quelque chose sur son sac à dos, et aujourd’hui le livre existe*…
Si je vous dis trois mots : détermination ; naturel ; engagement… Qu’évoquent-ils pour vous ?
Ce sont des mots qui me ressemblent, qui comptent pour moi. C’est la clé, quand on a répondu à certaines questions. Ça peut être aussi une énorme bêtise. Il ne faut pas être « déterminé » dans le mauvais sens, parce que sinon on court à sa perte. Mais quand on a étudié un peu la question… par exemple, par rapport à la musique, je sais que je n’avais envie de rien faire d’autre. J’étais capable de faire autre chose, j’avais d’autres qualités, mais quelque chose en moi m’a poussée : sinon je serais morte à petit feu. Donc à partir de ce moment-là se dire je suis « déterminée à y arriver », c’est une bonne chose. Mais si on fonce tête baissée, sans réflexion, on peut faire des grosses bêtises.
Naturel
Depuis que j’ai commencé la musique, que la notoriété s’est invitée dans ma vie, la question du naturel a été source de beaucoup d’insomnies, d’anxiété, d’angoisse… On a tellement envie d’être aimé qu’on peut se fabriquer un personnage. Je n’avais pas envie d’être un personnage, et en même temps, je ne supporte pas l’injustice, et je n’ai pas envie qu’on m’aime pas pour ce que je ne suis pas et en même temps, être aimé pour ce qu’on n’est pas est injuste aussi. La question du naturel se pose alors : c’est de savoir qui on est, au plus proche de sa nature même si elle n’est pas toujours belle à voir. Je trouve que c’est un combat « dingue », c’est le mien.
Et l’engagement ?
C’est un mot qui, à première vue, pourrait faire penser à « associatif », « humanitaire ». Être engagé dans la vie, c’est déjà « chez soi », être engagé dans ses relations aux autres. Je m’engage dans tout ce que je fais. C’est un énorme défaut. Le nombre de gens qui font les choses en étant complétement désengager de l’avis des autres, de leurs sentiments… On souffre beaucoup plus dans la vie quand on est engagé. Je suis quelqu’un qui souffre en permanence…
C’est peut-être pour cela que vous touchez votre public aussi…
Peut-être, je ne me suis pas posé la question. En tous les cas : quand je chante, oui, je suis très engagée, parce que ça me fait mal : au moral, au cœur, physiquement. Je ne sais pas me protéger. Dans mes relations aux autres, je fais un peu plus attention surtout depuis que je suis maman, parce qu’on ne peut pas se laisser dilapider en permanence par tout le monde. J’ai eu longtemps tendance à être trop engagée avec tout et tout le monde, pour rien. Il faut l’être avec les gens qui le méritent aussi.
Un projet de disque ?
Je commence à plancher sur le huitième. Pour l’instant c’est encore flou. C’est toujours comme ça. Pour l’heure, je souhaite aux gens de passer un bon moment à mon spectacle, tout simplement, parce que c’est ma mission, c’est pour ça que je viens, pour que les gens passent un bon moment. On va faire tout ce qu’on peut pour que les gens soient heureux en repartant.
*Livre collectif rassemblant 26 textes courts dans lesquels plusieurs personnalités expriment leurs souvenirs de cartable, projet imaginé par l’Association Le Collectif Mon cartable connecté, soutenu par la FCPE et Les Éditeurs d’Éducation.
